Depuis que je vous connais tout va très vite au trot pour moi.
Issue d’une enfance heureuse au ranch de mon père en Arizona, j’ai tout appris de l'art du rodéo. Ma mère me passait la corde au cou afin de vérifier comment je m'en déprenais, si cela pouvait ressembler aux petits veaux sauvages que mon père voulait amadouer. Maman me répétait souvent que dans la vie, l'on tenterait souvent de me prendre au piège, car selon bien des regards avoisinants, je faisais déjà les délices de plusieurs connaisseurs.
Toujours est-il qu'au ranch de papa, j'y développai un seul vrai désir, une seule passion: celle de tout me souvenir dans la belle caboche que voici. Ma petite soeur Rose, qui avait la passion des chevaux, me remit un portrait de Dorianne, la belle noire crinière au vent, qui fût peint en 1912 par mon grand-père paternel. Dans les histoires poudreuses de la famille, paraît-il que la jument Dorianne fut acquise aux enchères lorsqu'un guerrier apache mourut non loin du ranch, frappé à mort par une brute du coin qui lui enviait une jolie femme. Mon coeur ne crut pas un mot de cette histoire, mais mon âme indienne exulta: En effet maman est bien algonquine et elle est fort belle...
me voici ? montréal après de nombreuses années de voyages, j'ai fait une immense collection d'arbres sauvages, en estampes, en photographies, en dessein, en histoires decorées à l'encre de chine. Devant mon passé tumultueux et extraordinaire je vous présente aujourd'hui mes talents de photographe: j'apprends à vivre suite aux nombreux décès qui ont frappé à mes portes en cavalcades cette dernière décennie.
Ma photo la plus précieuse, mon père mourant dans les bras endoloris d'amour de maman, sur un tas de foin dans l’étable avec ma très chère Rose, agenouillée et en larmes et un magnifique poney naissant d'il y a à peine quelques jours...
Marina Zaidman
4 mars 2007